Libreville, 29 mars 2025 – Pour la première fois depuis 1967, les Gabonais se préparent à une élection présidentielle sans la participation directe de la dynastie Bongo. Une rupture qui, sur le papier, marque la fin d’une ère. Mais dans la réalité, la question demeure : cette élection du 12 avril 2025 est-elle réellement synonyme de changement, ou n’est-elle qu’une continuité d’un système bien enraciné ?
Une transition sous influence
Depuis le coup d’État d’août 2023 ayant renversé Ali Bongo Ondimba, le général Brice Clotaire Oligui Nguema a pris les commandes du pays, promettant une transition démocratique. Cependant, sa décision de se porter candidat à cette élection présidentielle a soulevé de nombreuses interrogations.
Bien qu’il ne soit pas un membre direct de la famille Bongo, Oligui Nguema a été un proche collaborateur du régime précédent, occupant notamment des postes clés dans les services de sécurité. Aujourd’hui, son entourage politique reste largement composé d’anciens dignitaires du Parti Démocratique Gabonais (PDG), ce qui suscite des doutes quant à sa capacité à incarner un véritable renouveau.
Des institutions sous tension
La récente modification de la Constitution en novembre 2024, qui accorde des pouvoirs renforcés au président, alimente également les craintes d’une dérive autoritaire. Plusieurs observateurs estiment que cette nouvelle architecture institutionnelle pourrait faciliter une mainmise prolongée d’Oligui Nguema sur le pouvoir, compromettant ainsi les espoirs d’alternance.
En outre, la Commission électorale nationale est critiquée pour son manque d’indépendance. Certains partis de l’opposition dénoncent un processus biaisé, arguant que les mécanismes de transparence et d’inclusivité ne sont pas pleinement garantis.
Un peuple entre espoir et scepticisme
Au sein de la population, les avis sont partagés. Si certains voient en Oligui Nguema un homme providentiel capable de stabiliser le pays, d’autres estiment qu’il perpétue les pratiques d’un régime qu’il avait promis de démanteler.
Des figures de la société civile, à l’image du professeur Noël Bertrand Boundzanga, appellent à une réelle rupture et exhortent le général à renoncer à sa candidature afin de garantir une transition démocratique authentique. « Le Gabon a besoin d’un souffle nouveau, et non d’une réinvention d’un passé qui nous a enfermés pendant des décennies », déclare-t-il.
Un tournant crucial
L’élection présidentielle du 12 avril ne sera pas seulement un scrutin : elle sera un test grandeur nature pour la capacité du Gabon à tourner la page d’un demi-siècle de gouvernance héritée de la famille Bongo.
Si Oligui Nguema l’emporte, la légitimité de sa victoire sera scrutée avec attention, et les premières mesures de son mandat seront déterminantes pour juger de son engagement réel envers le changement. Dans le cas contraire, l’opposition aura la lourde tâche de prouver qu’elle est capable d’incarner une alternative crédible et de briser un système qui a, jusqu’ici, toujours su se réinventer pour se maintenir au pouvoir.
En attendant, les Gabonais s’apprêtent à voter avec un mélange d’espoir et de réticence, conscients que ce scrutin pourrait façonner l’avenir de leur nation pour les années à venir.
Times Infos
Par Amir Baron.